BONES

BONES

Bones n’est pas qu’une série qu’on regarde sur M6 à défaut d’avoir un autre nanard à se mettre sous la dent.

 

C’est aussi un cancre de la scène rap californienne, sorte d’OVNI auquel pas grand monde ne s’attendait. A à peine 20 ans, Elmo Kennedy O’Connor aka. BONES enchaine les mixtapes, les clips, les featurings, et autres one shot essaimés ça et là sur Soundcloud et YouTube, le tout à un rythme frénétique. Le petit ne peut s’empêcher de déverser son flow à tout va, 18 mixtapes sous ce pseudonyme depuis 2012, et encore une autre bonne vingtaine sous d’autres alias (Th@ Kid et surrenderdorothy notamment) depuis 2011, son arrivée à L.A. Et ce sans compter la centaine d’unreleased qu’il dit avoir sous le coude depuis qu’il a commencé à user de son flow, depuis ses 9 ans.

Son univers est difficilement définissable tant il est flou, lui coller une étiquette ou même un genre musical semble être une mission impossible. Entre des beats plus ou moins creepy, qui sont de parfaits rejetons de la grande époque de Three Six Mafia (papas de la trap moderne dont tout le monde parle et dont les « fameux » Kaaris et autre Gradur se revendiquent comme porte-étendards dans l’hexagone, ouais…), ou encore d’autres sons plus indéfinissables, l’enfant sauvage jongle entre plusieurs styles, épaulé par sa bande de potes producteurs (HNRK, Drip-133, FiftyGrand, WTCHCRFT pour n’en citer que quelques uns). Tous au moins aussi attaqués que lui. Le tout toujours de qualité, toujours.

Et son flow, parlons en. Il en a du flow (big up Cécile), un débit de mots plus qu’honnête et une attitude qui fait un gros doigt à tout le rap. Toujours en donnant l’impression de rapper déprimé, ton grave, une voix à la limite du pénible par moment, balancé par dessus la jambe, comme s’il avait d’autres chats à fouetter. Sauf que non, rien d’autre à fouetter, il annonce dans ses interviews qu’il n’aime pas sortir, qu’il n’aime pas aller en boîte si c’est pour être entouré de douchebags, et qu’il préfère rester chez lui, faire des instrus, rapper et fumer des joints. Le ton est donné.

L’attitude ? La street cred ? Pareil, un deuxième gros doigt pour ceux-là, et c’est sûrement ça ce qui le lui en donne le plus au final. A première vue, rien d’un rappeur. Cheveux longs, plus ou moins propres, t-shirt Burzum cousu sur les épaules, teint blafard et visage creux. Plus proche d’une dégaine de métalleux maigrelet, il est bien loin de l’archétype d’un gangsta à la Game ou 50 Cent.

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Pourtant les textes y sont, drug’n’money et tout ce qui s’en suit, la misère de la jeunesse californienne qui se fout en l’air pour un oui ou pour un non. D’autres textes, les plus courants, qu’on pourrait qualifier d’emo (ou presque), de la tristesse du white ass déprimé, qui se lamente de la vie pas facile et des échecs, qu’ils soient amoureux ou pas. Sans oublier des braillements tout droit sortis d’une piste hard/grindcore.

OKLM devant Comumbine

OKLM devant Columbine

Petit aperçu de son spectre lyrical toujours vachement joyeux :

« Take you back home, where the moon don’t glow,
where the sun don’t shine, where the kids don’t roll.
Uptown where the youth get drowned
in the rag full of ether ’cause the kids don’t know
Suicide rate up high when the winter rolls and the money still low
And when he feels as snow, he knows it’s the only way to get out the cold »

Bones – Corduroy

Et quant à l’esthétique dans ses clips, il n’a pas trouvé meilleure idée que de les réaliser avec une caméra VHS, et le rendu est juste parfaitement en adéquation avec son délire.
Bref, le gamin a tout compris, on pourrait appeler ça du rap post-modern, à vrai dire j’en sais rien, mais ça fait du bien, on sent qu’il y met ses tripes, et que c’est tout ce qu’il a toujours eu besoin de faire. Ses pistes tirent rarement au delà des deux minutes, mais ça ne gâche en rien le plaisir. Bien décidé à ne pas signer chez qui que ce soit, il continue à faire son affaire chez lui, bien au chaud, pour notre plus grand bien (et c’est gratos).

 

Je vous laisse vous faire votre avis avec une sélection bien de chez nous.


Bones – HDMI

Bones – Corduroy

Bones – Sixteen

Bones – TheHealingFields

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